Helyett ⎪ Dans le progrès, toujours en tête, livre consacré à la fameuse marque française Helyett, s’apprête à voir le jour dans quelques semaines, à l’issue d’une campagne de financement participatif qui bat actuellement son plein. Cet ouvrage de 176 pages, richement documenté, permet de voir toute l’histoire de cette enseigne installée à Sully-sur-Loire défiler devant nos yeux. Il permet de retrouver tous les grands noms cyclistes — parmi lesquels René Vietto, André Darrigade, Jean Stablinski, Rudi Altig et évidemment Jacques Anquetil — associés à l’aventure.

Helyett

Il offre ainsi l’occasion de découvrir le parcours insolite de José Beyaert, dernier Français à avoir décroché le titre de champion olympique dans l’épreuve sur route à Londres en 1948, qui s’est épris, au début des années 50, de la Colombie et a participé à l’ascension du pays dans la hiérarchie cycliste mondiale.

Extrait : 

EL GRINGO FRANCÉS

À l’été 1951, José reçoit de la part du Gouvernement colombien une invitation à courir sur le prochain Tour de Colombie, dont ce sera la deuxième édition en janvier. Il est aussi convié à l’inauguration du vélodrome de Bogota en tant qu’invité d’honneur, afin de promouvoir le cyclisme dans le pays. Comme d’autres états du continent, la Colombie investit massivement à l’époque dans le sport national, et devient un Eldorado pour les sportifs européens comme pour les footballeurs argentins.

Le champion olympique en titre remporte la Vuelta a Colombia 1952. Une nouvelle vie commence alors pour lui quand le poste d’entraîneur de l’équipe nationale lui est confié. À Cali, Pasto, Cúcuta et Barranquilla il ouvre des écoles de cyclisme et fait courir des Colombiens pour la première fois en Europe, à la Route de France, avec l’aide d’Helyett qui fournit des vélos pour tous ses coureurs. À la fin des années cinquante, installé durablement au soleil avec sa femme, il ouvre un magasin de cycles près de l’avenue El Dorado à Bogota d’où il importe des Helyett de course.

Mais l’affaire tourne mal. Ayant péché par excès de confiance envers des locaux mal intentionnés, il découvre un jour son stock de cent quarante vélos fabriqués à Sully-sur-Loire entièrement pillé. Ruinés, les Beyaert pensent alors au retour mais José est définitivement tombé fou amoureux de la Colombie. En 1984, une équipe colombienne est alignée sur le Tour de France avec le statut amateur. Traités de
« sauvages », ils reçoivent un accueil terrible de la part de certains membres d’un peloton peu habitué à l’exotisme. Alors commentateur pour la radio RCN, José Beyaert est profondément touché. Il menace alors de « casser la gueule » à Laurent Fignon qui fait partie de ceux qui les insulte. La meilleure réponse sera produite dans les Alpes. Après avoir lâché Fignon et Hinault dans une lutte acharnée, « Lucho » Herrera s’impose en haut de l’Alpe d’Huez. Un exploit qui fait date dans l’histoire de son pays.

Si la Colombie est la seule nation d’Amérique latine où le cyclisme s’est développé, elle le doit en partie à « El Francés » qui a posé sur les routes escarpées des Andes, les bases d’une formation à l’origine des générations de grimpeurs phénomènes qui ont débarqués dans les pelotons européens à partir des années quatre-vingt. Et peut-être un peu aussi aux cycles Helyett.

Helyett ⎪ Dans le progrès, toujours en tête, Grégory Couturier, Éditions John Woodbridge, 2017