Avoir la chance d’accéder au meilleur de la presse cycliste et partager un extrait qui a retenu l’attention : telle est l’intention de cette rubrique de Gravillon baptisée « Morceau choisi ».

Nouvel invité de cette série d’articles qui rend hommage à l’écrit, à l’encre et au papier : le magazine 200 dans sa déclinaison automne 2024.

Woodstock reste dans la mémoire collective le festival qui a (con)sacré le rock à la bascule des années 1960/70. Les plus avertis aiment pourtant à penser que c’est l’événement organisé en août 1970 sur l’île de Wight, caillou à peine détaché des falaises sud de Sa Majesté, qui a constitué l’apogée de la culture hippie, rassemblant en quelques jours le meilleur de la création musicale de l’époque, les Doors, Who, Jimi Hendrix et autre Leonard Cohen offrant des performances uniques à près de 500 000 spectateurs, parmi lesquels de nombreux Français, entassés sur un site qui n’avait jamais été prévu pour une audience de cette importance. Julien Bourgeois est parti en quête du mythe, accomplissant une tour thématique de l’île 25 ans après cette fin d’été de tous les possibles.

The Partisan, Leonard Cohen
[BIRD ON THE WIRE, 1969]
Mais dès les premiers concerts, une révolte gronde.
Une grande majorité des spectateurs sont venus sans billets, espérant un festival gratuit. Le tarif de 3 livres sterling fait grincer les dents des plus peace and love des hippies. La double clôture au milieu de laquelle des agents de sécurité et leurs chiens font des rondes n’aide pas. Les resquilleurs installent un camp sur Desolations Row, la colline qui surplombe le site et permet de profiter du festival gratuitement. La police tente de les chasser mais ne fait que souffler sur les braises.
Des spectateurs français mènent la révolte, ou s’appliquent à le faire croire. Ils concèdent volontiers aux journalistes venus les interviewer une certaine propension française à tenir bon face à l’adversité. Le Français Jean-Jacques Lebel, artiste plasticien et spécialiste du happening, dans une interview de 2009 à un site spécialisé : « Je me souviens de ce festival. On a foutu en l’air les chiens policiers, les flics et les barrières pour faire entrer 400 000 personnes gratuitement. » Les graffitis de 1968 sont encore frais. Mais l’époque tourne vite.
Les organisateurs céderont pour ne pas risquer l’émeute et laisseront tout le monde accéder gratuitement au site, scellant le sort financier du festival. Les autorités locales sauteront sur l’occasion de promulguer l’année suivante une loi interdisant tout rassemblement de cette ampleur sur l’île. Fin du festival, version hippie au moins. »

La suite de ce texte « Wight, rock’n ride« , écrit par Julien Bourgeois, dans le nouveau numéro de 200.