Avoir la chance d’accéder au meilleur de la presse cycliste et partager un extrait qui a retenu l’attention : telle est l’intention de cette rubrique de Gravillon baptisée « Morceau choisi ».

Nouvel invité de cette série d’articles qui rend hommage à l’écrit, à l’encre et au papier : le magazine 200 dans sa déclinaison été 2019.

Clément Chevrier compte parmi les Équipiers auxquels Grégory Nicolas consacre son livre. Clément est un des renforts d’importance sur lequel Romain Bardet peut s’appuyer dans son équipe AG2R La Mondiale. Et Grégory est l’auteur chanceux qui a eu la chance de rouler avec le professionnel dans le Beaujolais, le temps de quelques kilomètres et de quelques verres partagés. Une famille de circonstance. En l’absence de leurs proches.

« Et Clément m’a raconté le jour de juillet 2202 où, à ce même endroit, Lance Armstrong, après le contre-la-montre, s’était arrêté près de lui, et avait posé sa casquette sur sa tête de blondinet de 10 ans sans qu’il ne lui demande rien. Clément a encore la casquette quelque part dans sa chambre.
Marcel, mon fils, 4 ans et demi, n’en a que pour le foot. On imagine ma peine. Il passe ses journées ballon au pied et répète à chaque shoot : »tir de Mbappé, tir de Mbappé ! » Ce qu’il ne sait pas, et je ne lui ai pas dit, c’est que comme lui, lorsque je roule, je m’identifie aux professionnels.
Dans la plaine, en petit peloton, bras tendu, buste haut et regard porté loin, je suis Pierre Rolland. Maillot grand ouvert en été, torse offert aux passants et bravoure au cœur, je suis Thomas Voeckler. Défié par un copain en montée, parfaitement concentré, à l’attaque soudain, sublime sur mes pédales, je suis Romain Bardet. Seul dans un col, à bloc, mains en haut du guidon, bouche ouverte, je suis Thibaut Pinot… Et voilà, j’ai encore avalé une mouche ! Comme l’a écrit un autre amoureux du sport cycliste, Didier Wampas :

J’avale toujours des mouches / 
Quand je roule sur mon vélo / 
Je roule la bouche ouverte /
Je dois être un peu idiot.

Quelle horreur cette sensation de la mouche en bouche, décidément il faut beaucoup aimer le cyclisme pour le pratiquer et surmonter toutes les difficultés d’une vie pédalante. »

La suite de ce texte « Gamay sans ma fille », écrit par Grégory Nicolas, dans le numéro 21 de 200.