MORCEAU CHOISI #71 : MAGAZINE 200 – JUILLET-AOÛT 2026 – « VENTOUX 1967 »
Guillaume Boncoeur 10 juillet 2026Avoir la chance d’accéder au meilleur de la presse cycliste et partager un extrait qui a retenu l’attention : telle est l’intention de cette rubrique de Gravillon baptisée « Morceau choisi ».
Nouvel invité de cette série d’articles qui rend hommage à l’écrit, à l’encre et au papier : le magazine 200 dans sa déclinaison juillet-août 2026.
Matthieu Lifschitz s’attaque à un pan d’histoire du Tour de France. Le 13 juillet 1967, une journée qui, si elle n’est pas entrée dans la catégorie des étapes de légende, reste comme un souvenir dramatique de la Grande Boucle. Sur les pentes du mont Ventoux, Tom Simpson, à bout de force, s’est effondré. Cinquante-neuf ans plus tard, huit cyclistes ont roulé les 200 kilomètres de cette étape entre Marseille et Carpentras, dans la chaleur et le souvenir.
Mort dans l’après-midi
J’ai une tendresse pour l’histoire du Tour de France, et sa géographie merveilleuse pour un petit citadin. Elle a bercé tous les étés de mon enfance. C’est par elle et le petit écran que j’ai découvert ces cols mythiques, que j’ai découvert Bernard Hinault, Greg Lemond ou Laurent Fignon, un autre genre de chevaliers. Depuis, je ne manque presque aucune de ces étapes que l’on dit « reines ». Adulte, mon principal défi est de réussir à m’extraire de la sieste, pour ne rien manquer du dernier col, où tout peut arriver, du moins en théorie.
Les images de Simpson ont fait le tour du monde. Des spectateurs se précipitent pour remettre en selle le coureur au maillot blanc. Ils le soutiennent, le poussent, l’encouragent. Les jambes continuent de tourner. Le reste du corps ne répond déjà plus, elles semblent les seules à l’ignorer. Le vélo fait une nouvelle embardée, Simpson s’effondre encore. On l’allonge sur le bord de la route. D’autres hommes accourent. On tente de le réanimer. Les gestes qui se succèdent sont interminables, sans doute parce qu’ils sont les derniers.
Encore 3 km, nous mettons pied à terre, cette fois volontairement. Je ne m’étais encore jamais arrêté à la stèle. Tom Simpson est mort ici, et c’est bouleversant.
Toutes les morts sont absurdes, et encore plus si près de l’arrivée.
La suite de ce texte « Ventoux 1967 », écrit par Matthieu Lifschitz, dans le nouveau numéro de 200.
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