Avoir la chance d’accéder au meilleur de la presse cycliste et partager un extrait qui a retenu l’attention : telle est l’intention de cette rubrique de Gravillon baptisée « Morceau choisi ».

Nouvel invité de cette série d’articles qui rend hommage à l’écrit, à l’encre et au papier : le magazine Cycle ! dans sa déclinaison été 2020.

Jean-Baptiste Cornette revient sur le 25 mai 1947, date qui a vu le célèbre Louison Bobet remporter sa première victoire professionnelle, au terme de quelque 280 kilomètres, sur le circuit des Boucles de la Seine. Il ne se contente pas de faire le récit de l’épreuve, puisé dans les souvenirs de la lecture du n°141 de la Bibliothèque Verte qui met le « Champion cycliste » à l’honneur sur sa couverture. Il parcourt la presse de l’époque — en particulier le quotidien Ce Soir, organisateur de l’épreuve — et entame un périple sur le tracé de cette course qui avait traversé en son temps 70 communes longeant la Seine.

 » Mon livre préféré, celui dans lequel je me plonge aussi régulièrement que religieusement depuis mes 14 ans, est l’Idiot  de Dostoïevski. Je le sais. Mais je sais aussi que celui que j’ai le plus lu et qui m’a le plus enthousiasmé est une Bibliothèque verte, n°141, illustrée par Jean Reschofsky et parue en 1959 : Champion cycliste, par Louison Bobet. La couverture est déjà un programme : le champion, radieux et de jaune vêtu, attirant tous les regards, lève victorieusement son bras droit, quand au second plan, le défait, tête basse et maillot rouge, semble zigzaguer sur la chaussée, assommé par la toute-puissance, la classe et la facilité de Bobet. Il trônait sur l’étagère consacrée aux livres de mes oncles dans le grenier de la maison de vacances familiale de Laborel, Drôme provençale, au milieu d’autres qui ont meublé mes séjours comme les romans de Jules Verne, Seul à travers l’Atlantique d’Alain Gerbault, Mermoz de Kessel ou Pilote d’essai du colonel Rozanoff.
Ce livre est fascinant pour un point en particulier. Malgré le palmarès formidable de Bobet, un des plus beaux du cyclisme, s’il indique que le titre de champion du monde conquis à Solingen en 1954 est l’accomplissement de sa carrière et qu’il évoque longuement ses Tours de France et sa défaite pour dix-neuf secondes dans le Giro 1957, un quart des presque deux cents pages est consacré au triomphe total du coureur dans la première grande épreuve professionnelles qu’il a courue : le circuit des Boucles de la Seine le 25 mai 1947 (étrangement daté au 19 mai dans le récit). Bobet explique donner une place importante à ce succès autant parce qu’il constitue véritablement le début de sa carrière que pour montrer au lecteur le résultat d’une course idéalement menée, notamment au niveau de la stratégie. Seul engagé de l’équipe nantaise Stella avec un dénommé Audiaire, qui ne pèsera jamais sur la course, Bobet bat en effet, à l’issue des 280 kilomètres, les douze coureurs de l’équipe Métropole ou les huit de La Perle. »

La suite de ce texte « Le circuit des Boucles de la Seine », écrit par Jean-Baptiste Cornette, dans le numéro 15 de Cycle !.