Les vélodromes sont indissociables de l’histoire du cyclisme. Théâtres d’exploits extraordinaires, ils attiraient les plus grands champions sur leurs pistes en bois et déclenchaient une ferveur populaire que seul le Tour de France, sur la route, peut encore prétendre susciter aujourd’hui. Le «phénomène» vélodrome est né aux lendemains immédiats de la création de la bicyclette, en France et partout dans le monde.

À Paris, qui affiche longtemps le statut de capitale du vélo, plusieurs sites rassemblent les foules dès la fin du XIXe siècle. C’est le cas du vélodrome Buffalo, situé à Neuilly-sur Seine, qui voit tomber des records du monde dès sa création en 1893 (le record du Monde de l’heure établi par Henri Desgrange le 11 mai 1893 sera le premier d’une série). C’est également le cas du vélodrome de la Cipale (contraction de « piste municipale ») inauguré en 1896 dans le Bois de Vincennes et rebaptisé vélodrome Jacques Anquetil en 1987.

Parc des Princes - © L'Équipe

Cette déferlante de constructions cyclistes touche toute la France à l’approche du XXe siècle. Dans les plus grandes villes comme dans les bourgades les plus modestes, les vélodromes deviennent une attraction locale et suscitent de nombreuses vocations cyclistes. À Lyon, au cœur du parc éponyme, le vélodrome de la Tête d’Or voit le jour en 1894, l’année de « l’exposition universelle, internationale et coloniale » organisée dans la capitale des Gaules.

Vigorelli

En Europe, le plus célèbre est sans doute le vélodrome Vigorelli, situé à Milan et inauguré en 1935. Cette piste en bois de 397 mètres sur laquelle plusieurs records seront établis a acquis au fil des années la réputation d’être la plus rapide du monde, attirant de nombreux prétendants au sacre mondial. Vigorelli, à l’instar de plusieurs autres vélodromes européens, est également choisi pour marquer l’arrivée de courses célèbres.

Vel d'Hiv' - © Life

Les vélodromes sont ainsi le prétexte à de nombreuses organisations sportives au cours des décennies. Outre la quête des records, ils accueillent les courses de Six Jours. À Paris, le fameux «Vel’ d’Hiv’» (pour Vélodrome d’Hiver) crée la sensation, tant sur la piste sur laquelle des équilibristes s’illustrent, dans les tribunes où des personnalités comme Ernest Hemingway se pressent pour admirer le spectacle ou dans les travées qui permettent à Henri Cartier-Bresson, en 1957, d’immortaliser photographiquement l’événement.

Le vélodrome est pendant de nombreuses années un lieu prisé par les amateurs de sensations fortes. Un lieu de convivialité dans lequel passionnés et néophytes, hommes et femmes, se rassemblent à toute heure du jour et de la nuit pour manger, boire, discuter, vibrer au rythme des courses et des harangues du speaker. Le cyclisme au point de rencontre entre exaltation chic et liesse populaire.

Vel d'Hiv - © Henri-Cartier-Bresson

Texte original publié le 10 novembre 2017 sur le site louisonbobet.com